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La LADDH

La Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (LADDH) est une association nationale à but non lucratif soumise aux dispositions de la loi 12/06 du 12 janvier 2012 relative aux associations. Elle a été créée en 1985 par un groupe de militants . Officiellement reconnue par les autorités, le 26 juillet 1989, après l’ouverture politique arrachée par les événements du 5 octobre 1988../ contact : laddhalgerie@gmail.com

Le Sahara n’est pas un astre mort

Publié le 18 Janvier 2015 par LADDH CHLEF in Sud Algerie

l'exploitation du gaz de schiste
l'exploitation du gaz de schiste

Le Sahara n’est pas un astre mort, c’est un organisme vivant dont une partie se remet très difficilement de la blessure faite à son écosystème par les Essais nucléaires d'In-Eker (Tamanrasset) Du 7 novembre 1961 au 16 février 1966 jusqu' l’exploitation du gaz de schiste au Bassin d’Ahnet (Aïn Salah - Tamanrasset ) , Il y a une vie, il y a une faune, il y a une flore et il y a des Algériens qui y vivent, Curieusement, c’est la France qui nous a légué une zone saharienne encore radioactive qui va nous aider à polluer à tour de bras et à faire ici ce qu’il lui est interdit de faire chez elle au nom du sacro-saint principe de précaution. Pourquoi ne pas faire une pause en mettant en place, sans tarder, une transition énergétique durable préserver nos ressources fossiles, créer un savoir-faire créateur d’emplois et permettre aux dizaines de milliers de diplômés du système éducatif de participer au développement du pays. Personne ne peut être contre une ressource qui peut devenir une bénédiction le moment venu.

Aujourd’hui, alors que les langues se délient, les experts reconnaissent que les normes de sécurité n’ont pas été respectées. C’est à Arak (Tamanrasset) que l’eau a été fortement contaminée…et l’air bien sûr, par de l’iode 131, du césium 137 ont été inhalés par les populations locales et les équipes militaires. Le «Hourra pour la France! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fière» du général de Gaulle, le 13 février 1960 à 7h04 a eu une résonance pour les populations de Reggane, qui ont eu à subir dans leur chair la volonté de la France de rentrer dans le club atomique. Dans le même ordre, la France a attendu 45 ans après pour révéler l’implantation des mines antipersonnel posées le long de nos frontières, aucune cartographie des sites des dépôts des déchets radioactifs n’a été fournie à l’Algérie à ce jour.

Les inconvénients l'exploitation du gaz de schiste

  • Les inconvénients vis à vis de l'environnement mondial et vis à vis de notre "comportement énergétique"

Même si cela libère moins de CO2 qu'une centrale à charbon, une centrale à gaz produit des gaz à effet de serre (CO2, ...) et contribue donc au réchauffement climatique par ce biais. De plus, chaque forage d'hydrocarbure laisse inévitablement fuir un peu de méthane, même en fonctionnement de routine sans accident. La technique d'exploitation des gaz de schistes nécessite beaucoup plus de forages que les hydrocarbures classiques. Il y aura donc beaucoup plus de fuites de méthane "en routine" en exploitant des gaz de schistes que des hydrocarbures conventionnels. Or le méthane est un gaz à effet de serre 20 fois plus "efficace" que le CO2.

Et puis, face à la pénurie annoncée de ressources fossiles, « on » commençait à rechercher et des ressources renouvelables, et des économies énergétiques à faire. De nouvelles ressources de combustibles fossiles risquent, si on est pessimiste, de repousser ces recherches aux calendes grecques. C'est là le principal reproche que je ferais personnellement à l'exploitation des gaz de schistes : continuer notre boulimie de carbone fossile, sans envisager une révision de "mode de vie énergétique".

  • Inconvénients vis à vis de l'environnement local et régional

Même si les pseudo-écologistes et autres NIMBY font feu de tout (parfois mauvais) bois pour dénoncer les gaz de schiste, et de ce fait décrédibilisent leur cause, les inconvénients vis à vis de l'environnement local et régional sont importants à des degrés divers. On peut énoncer trois inconvénients principaux.

Le maillage dense du réseau de puits et la dégradation potentielle des écosystèmes et des paysages, parfois appelé mitage du paysage


La technique des puits verticaux suivis de forages horizontaux ne permettra d'exploiter ce gaz de schiste que sur quelques km2 au maximum autour de chaque puits. Typiquement, pour exploiter complètement une couche horizontale, il faudrait un puits tous les 0,5 à 4 km. On peut espérer un espacement des forages avec le développement de la technologie. Chaque forage occupe une emprise au sol d'environ un hectare (10.000 m2) pendant la période de forage. Après la période de forage et pendant toute la période d'exploitation, chaque tête de puits occupe plusieurs dizaines de m2 (l'équivalent d'une grange) au centre d'une surface "réservée" d'environ 1/3 d'hectare. Tout un réseau de pistes devra relier entre eux tous ces puits pendant la période de forage pour permettre le passages d'engins et camions, et après, pendant la phase d'exploitation, si le gaz est évacué par citernes. Si le gaz est évacué par gazoduc, c'est tout un réseau de gazoducs à construire pour relier tous ces puits d'abord entre eux puis et à un centre d'évacuation sur le réseau national.

  • les surfaces équivalentes pour faciliter les comparaisons.

Les perturbations/pollutions potentielles des écosystèmes superficiels
Le forage et la fracturation hydraulique en particulier, nécessitent d'énormes quantités d'eau (on cite classiquement les chiffres de 10 000 à 15 000 m3 par forage). Cette eau est injectée dans le forage. L'eau soutirée est salée et boueuse. Elle peut être réinjectée dans des puits très profonds ou au contraire traitée et recyclée en surface. Elle est alors débarrassée de ses particules par floculation et décantation dans des bassins, traitée chimiquement, puis ré-injectée dans les puits de production pour de nouvelles stimulations / fracturations. Cette eau peut également renfermer certains des produits indésirables contenus initialement dans les additifs utilisés pour la fracturation. Plus récemment, certains cocktails contenaient encore des produits toxiques et corrosifs tel que le monohydrate de nitritriacétate de trisodium utilisé comme détergent industriel. Désormais la plupart des états aux États-Unis et beaucoup de pays exigent de connaître la composition des additifs préalablement aux opérations de fracturation hydraulique.

En fin de forage et de fracturation, des milliers de m3 d'eau polluée (par les additifs et éventuellement les métaux lourds) présents dans le puits et les bassins de décantation devront être traités et dépollués. Si le traitement est insuffisant pour éliminer additifs et métaux lourds (ou si il y a des fuites, des accidents…), cela risque de créer des pollutions.

  • Les perturbations/pollutions potentielles des aquifères profonds

Le principe même de la fracturation hydraulique est d'injecter de l'eau sous très haute pression, pression très largement supérieure à la pression lithostatique. La surpression fournie par le compresseur devra être très supérieure à 5.107 Pa dans le cas d'un forage de 3000 m. À 1000 m de profondeur, dans le tube de forage, la pression interne sera supérieure à 6.107 Pa (la pression communiquée par le compresseur –supposé en surface- augmentée de la pression des 1000 m d'eau de forage), alors que la pression lithostatique ne sera que de 2,5.107 Pa à l'extérieur du tube. Un formidable écart de pression de 3,5.107 Pa ! Cette surpression est normalement accommodée par le tubage multiple et la cimentation du puits. Cependant, à la moindre fuite dans le tubage du puits entre le compresseur et la couche imperméable cible, de l'eau et ses additifs se dispersera irréversiblement dans les roches environnantes, avec tous les risques de pollutions des nappes phréatiques profondes que cela comporte. La chute de pression anormale liée à une fuite entraînerait un arrêt rapide de l'injection, ce qui limiterait le volume d'eau "perdue", limitant, sans l'empêcher, la pollution.

La fracturation hydraulique est une technique lourde. La direction de propagation des fractures est influencée par le champ de contraintes local, par les anisotropies de la roche (plans de stratification, fractures pré-existantes…). Maîtriser la direction et la longueur des fractures sera très difficile, même si l'on peut suivre depuis la surface cette propagation grâce à des écoutes de microsismique. Qu'il y ait une fracture qui sorte du niveau cible imperméable, ou rejoigne inopinément une faille ou zone de fracture pré-existantes (perméables) qui avait échappé à la vigilance des géologues, et d'énormes quantités d'eau polluée par les additifs se disperseront irréversiblement dans les roches environnantes, avec tous les risques de pollutions des nappes phréatiques profondes que cela comporte. Du gaz pourra aussi s'échapper et rejoindre roches et nappes phréatiques voisines.

  • Risques potentiels et accidents réels

La perturbation des écosystèmes et le "mitage" des paysages sont intrinsèques à l'exploitation d'une ressource diffuse, comme c'est le cas des gaz de schiste. Ces dégradations sont donc inévitables, même si la situation française éventuelle serait bien moins mauvaise que la situation américaine, du fait de législations française et européenne plus contraignantes pour limiter les impacts environnementaux.

Les autres risques, notamment les risques de pollution, sont théoriquement évitables si toutes les précautions sont prises et respectées à 100%, si la technique de la fracturation hydraulique est parfaitement maîtrisée...

Si ces risques sont évitables en théorie, le passé montre qu'ils ne sont pas virtuels et n'ont pas toujours été évités., allant de pollutions de nappes phréatiques à des fuites de gaz vers les nappes phréatiques qui font que, parfois, l'eau du robinet s'enflamme chez des particuliers… des accidents d'abord industriels, devenant rapidement écologiques, paraissent « statistiquement » inévitables, et ce, sans prendre en compte les insuffisances (on ne peut pas tout prévoir) et/ou les éventuelles libertés prises avec les réglementations ayant engendré des pollutions importantes. Le passé récent nous a montré ce qui pouvait arriver quand des grandes compagnies pétrolières et/ou leurs sous-traitants, pour faire des économies, ne respectaient pas les précautions d'usage et/ou les règlements en vigueur (par exemple, une plate-forme qui explose dans le golfe du Mexique en 2010, un pétrolier qui se brise au large de la Bretagne en 1999…). Non-respect des réglementations heureusement sanctionnées... mais pollutions malheureusement bien réelles.

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