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La LADDH

La Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (LADDH) est une association nationale à but non lucratif soumise aux dispositions de la loi 12/06 du 12 janvier 2012 relative aux associations. Elle a été créée en 1985 par un groupe de militants . Officiellement reconnue par les autorités, le 26 juillet 1989, après l’ouverture politique arrachée par les événements du 5 octobre 1988../ contact : laddhalgerie@gmail.com

La Migration en Algérie: Un déni d’existence.

Publié le 18 Décembre 2014 par LADDH CHLEF in SNAPAP

SNAPAP
SNAPAP

L’Algérie est depuis fort longtemps un Etat d’emploi, pour une certaine population migrante provenant de plusieurs pays subsahariens et frontaliers. En effet, depuis le durcissement des politiques migratoires européennes, qui se résument entre autres par une limitation de délivrance de visas d’une part, et par notamment un renforcement du contrôle et de la surveillance des frontières terrestre et maritime de l’Union, d’autre part, tout cela a induit à une reconfiguration des flux migratoires qui traversent le pays, depuis ses frontières sud à sa frontière Nord Ouest. Par la force des choses, les subsahariens en grande majorité ont été contraints de prendre une résidence de longue durée sur le territoire national, à défaut de rejoindre la rive nord de la méditerranée.

Ils sont présents au nord comme au sud, dans les grandes villes notamment, depuis plus de dix ans, et nombreux ont établi des liens familiaux, des enfants même, sont nés sur le territoire. Ils sont des milliers, mais pas du tout, des centaines de milliers comme veulent le faire croire certains hauts responsables de l’état, qui utilisent le numérique de cette population à des desseins politiques et plus, diplomatiques.

La grande majorité de cette population est en situation administrative irrégulière, soit en termes de l’entrée, ou de séjour, au regard de la loi en vigueur. Cependant quelque que soit le terme employé par la société ou les agents des institutions de l’état, pour «exclure» cet étranger venu du sud, par des appellations de : clandestin, irrégulier, en noir, sans-papiers…etc., il est désigné dans le vocabulaire Onusien, donc de la communauté internationale, par son véritable nom, de «Travailleur Migrant, pourvu ou dépourvu de documents».

Depuis l’indépendance, et particulièrement depuis l’apparition du phénomène migratoire subsaharien dans le pays, à aucun moment, les institutions de l’état n’ont reconnu cette appellation, ni celle d’ailleurs de simple Migrant ou Immigré, ni dans les discours et correspondances officiels, et surtout pas dans les textes législatifs.

Cet abject déni de l’existence de ce Migrant installé en Algérie, et en générale de cette migration subsaharienne très réelle, est une pratique dans tout Etat de non-droit. Le meilleur exemple à cette négation, est celui des migrants nigériens, que les pouvoirs publics sont en train de «rapatrier» au Niger. Ils ont été identifiés comme étant des clandestins, puis des sans-papiers, puis de réfugiés (à tort d’ailleurs), mais jamais de migrants. Sur ce chapitre des Nigériens à rapatrier, d’abord, personne ne comprend comment cette mission de police a été confiée à une institution neutre et impartiale, aussi honorable que celle du Croissant rouge. Le sale boulot des opérations de déportation, de refoulement ou de rapatriement des étrangers, ne sont pas du ressort ou du mandant, ni du croissant rouge ni de la croix rouge ni de la fédération internationale, ni du comité CICR. Les actions de ces derniers, résident uniquement dans les camps et juste à l’intérieur des camps. L’accident de la route survenu le 14 décembre 2014, et qui a coûté la vie à des migrants nigériens dont de pauvres enfants, en voie de rapatriement, est de l’entière responsabilité du CRA (Croissant Rouge Algérien). Les questions qui fâchent n’ont pas été posées à ce jour : Pourquoi avoir transportait les nigériens dans un minibus, donc avec un chauffeur qui n’avait pas l’habitude à faire des longues distances (1500 km) et ne connaissait pas parfaitement la route en question. Pourquoi il voyageait de nuit, avec tous les risques de somnolence et de mauvaise visibilité?- Et y a-t-il une ouverture judiciaire pour homicide involontaire ou non ?

Cela dit, hormis une légère amélioration de la situation des migrants en Algérie, par rapport aux années passées, qui ont été très traumatisantes, notamment avec la disparition des refoulements sauvages vers les frontières sud, ainsi que l’accès aux hôpitaux qui n’est plus synonyme d’arrestation systématique, la vie du Migrant reste tout de même assez pénible sur tous les plans socio-économiques.

Son statut de «dépourvu de documents», le met à nu d’avantage, dans cette société xénophobe, et s’il est de religion autre que celle largement pratiquée dans le pays, il est mépriser encore plus, dans cette même société malade par son islamisme.

L’Etat Algérien signataire de la convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et les membres de leurs familles, doit se conformer aux textes de ladite convention, entre autre, celui de prendre les mesures pour que la situation ne se prolonge pas, des migrants en situation irrégulière et des membres de leurs familles.

Pour cela, le syndicat SNAPAP préconise :

A l’attention des pouvoirs publics Algériens :

- Une opération de régularisation de la situation administrative de ces migrants, s’il le faut, même à titre temporaire, s’impose, et elle mettra fin à toutes les violations dont sont victimes ces étrangers, de la part de la population et des institutions, en ce qui concerne surtout: le refus de travail et le travail sous-payé, faute de permis de travail, le logement aux prix excessifs, lorsque l’acte notarié fait défaut, aux violences urbaines (injures, vols et viols), par peur de dépôt de plainte, aux actes racistes, au contrôle infâme qui se repose sur le faciès, à la prolifération du meurtre sur personne subsaharienne, au refus des services de sécurité de prendre en charge les plaintes des migrants.

- De sursoir au rapatriement massif des nigériens, suite à l’accident survenu du 14 décembre 2014, et qui malheureusement prouve que l’opération en question est un fiasco, contrairement aux déclarations des fonctionnaires et des représentants consulaires. Le CRA ne doit pas prendre sur ses épaules cette lourde mission policière, non seulement c’est contre nature à ses missions humanitaires, et surtout parce qu’il ne dispose pas de l’expertise voulue.

- Les pouvoirs publics doivent accélérer l’ouverture du bureau de l’OIM à Alger, comme prévu en 2013.

- Les autorités Algériennes doivent délivrer les visas consulaires à tout membre d’ONG internationale, désirant effectuer des enquêtes sur la migration et l’asile an Algérie, y compris dans les camps de réfugiés dans la wilaya de Tindouf.

- A défaut de l’ouverture complète de la frontière Ouest avec le Maroc, dont la fermeture dure depuis 20 ans, les autorités doivent envisager l’ouverture partielle, à savoir celle piétonne et/ou celle du rail, pour rétablir la circulation des personnes dans la région, à l’instar de celle de la frontière Est du pays. Aussi, l’Etat doit envisager, le renforcement du transport aérien entre les deux pays, en ouvrant de nouvelles lignes aériennes, Oran- Oujda, Tlemcen- Rabat, pour limiter les mouvements irréguliers des personnes au niveau de la frontière terrestre des deux pays.

A l’attention des institutions internationale:

- L’Organisation Internationale de la Migration (OIM), doit intervenir pour apporter son soutien et son savoir-faire, à cette opération première du genre en Algérie, de ce «retour volontaire assisté», appelé «rapatriement», des migrants nigériens présents sur le sol algérien.

A l’attention de la Délégation de l’Union Européenne en Algérie:

- Apporter l’appui et le soutien aux ONG locales, européennes et internationales, qui traitent sur les dossiers de la migration, notamment dans le chapitre lié au soutien juridique, pour prendre en charge, les cas désespérés de migrants (irréguliers) algériens détenus dans les centres de rétentions au frontières Est de l’Europe, sachant que la durée de la rétention peut aller jusqu’à 24 mois, selon les lois sur en vigueur dans ces pays-là.

A l’attention des ONG nationales/ régionales et internationales:

- Les ONG, notamment ceux activant dans les domaines des droits de l’homme et/ou de la migration et de l’asile, doivent solliciter les pouvoirs publics algériens, pour superviser et enquêter sur les opérations de «rapatriement» des nigériens se trouvant sur le territoire national. Actuellement hormis, les déclarations de vitrine de quelques responsables des institutions de l’Etat, personne ne sait dans quelles conditions se fait le ramassage des migrants, comment se déroule leur séjour dans les camps, comment les autorités procèdent à l’identification des personnes, et comment ils traitent le cas des mineurs non accompagnés. Et d’ailleurs les opérations de police se font de nuit, et les cars remplis de migrants quittent les camps en pleine nuit, donc un blackout total entoure cette opération rafle/déportation.

- Les ONG activant dans le domaine de l’asile, doivent solliciter du gouvernement algérien, les autorisations pour effectuer des enquêtes sur la migration à Tamanrasset et dans les camps de réfugiés à Tindouf- les zones réglementées et interdites du pays.

Pour/ Le Président du SNAPAP

Le chargé du Dossier Migration.

Fouad HASSAM

17 Décembre 2014

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