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La LADDH

La Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (LADDH) est une association nationale à but non lucratif soumise aux dispositions de la loi 12/06 du 12 janvier 2012 relative aux associations. Elle a été créée en 1985 par un groupe de militants . Officiellement reconnue par les autorités, le 26 juillet 1989, après l’ouverture politique arrachée par les événements du 5 octobre 1988../ contact : laddhalgerie@gmail.com

Face à la Crise Alimentaire

Publié le 19 Novembre 2014 par LADDH CHLEF in Alimentation

 une crise alimentaire dans l’histoire des peuples du Maghreb sans précédent.
une crise alimentaire dans l’histoire des peuples du Maghreb sans précédent.

Ces lignes, comme bon nombre d’alertes émises auparavant, sont destinées à nous interpeller sur une crise alimentaire dans l’histoire des peuples du Maghreb sans précédent.

Oui, nous sommes déjà confrontés à un problème de survie, à la lumière d’un petit calcul d’épicier, une certaine lucidité dans la prospective nous met directement dans le giron de l’aide humanitaire internationale.

Ce sont nos attachent au virtuel du quotidien qui nous font croire que le chaos est loin devant nous, mais en fait nous le vivons depuis un certain temps déjà.

Les révoltes, immolation, harraga…, sont autant d’innombrables alertes à la ruine du pays qui éclaboussent quotidiennement la bulle dans laquelle nous tentons de nous protéger, sans pour autant arriver à la faire éclater. Le vide de notre soumission et l’absence sociale, ont fini par les assimilés en faits divers et sans plus.

Nous pouvons considérer que nous avons adopté l’économie rentière comme mode de gestion depuis que le baril a dépassé les 20 $ c'est-à-dire au milieu des années 70. Il est connu aussi qu’entre 1999 et aujourd'hui, 80% des recettes des hydrocarbures du pays depuis 1962 ont fini par nous piéger dans le système rentier. Mais nous savons que la production d’hydrocarbures est entré dans un déclin naturel depuis 2008, et que toutes les gesticulations des hommes du pouvoir ne pourront pas la redresser de façon sensible.

Nous savons que ce déclin suit une courbe régressive en valeur et en volume qui va rencontrer celle de notre consommation engagée dans une croissance frénétique et incontrôlable. En absence de tout dialogue autour d’une réflexion d’une Algérie républicaine, la jonction des deux courbes est imminente. L’orientation de la nouvelle loi des finances est là pour le confirmer. De façon unanime les analystes crient au tsunami et à la glaciation pour qualifier l’inévitable misère qui s’abattra d’une façon effroyable sur le pays. Cependant sans tissus productifs, il apparaît clairement que la souveraineté et l’intégrité nationale sont plus que jamais menacées par la confrontation à la survie de la population.

Insidieusement le pouvoir s’est arrangé pour qu’il ne doive absolument plus rien au travail et au génie de la population, il a réduit l’économie du pays à un simple troc et toutes les compétences se retrouvent marginalisées avec une fuite de cerveaux hémorragique inégalée. Nous savons que notre consommation n’est pas le reflet du fruit de notre labeur, mais celle de la valeur des recettes de pétrole.

Au jour aujourd'hui, qui d’entre nous ne serait pas désarçonné par la naïve question ; que produit votre pays ?

Comment en sommes nous arrivé là ?

Jusqu'à la fin des années 60, l’Algérie était le premier exportateur des produits de la terre de la rive sud méditerranéenne (niveau qui aurait été atteint par le Maroc en 2000 !).Depuis l’adoption de l’économie de rente les importations alimentaire sont passées successivement de 1- 2-2,7- 8,9 milliards de $ correspondant aux années 70-80-2003-2008, pour atteindre 9 milliards de $ en 2011, cette année, 2014,nous dépasserions les 10 milliards de $. Nous remarquons que dans l’évolution exponentielle des chiffres, prise dans la frénésie générale, la facture alimentaire s’est multipliée par trois en cinq ans en corrélation étroite avec les recettes de Sonatrach. Juste pour les quatre premiers mois de l’année encours (2014) les blés (tendre et dur) à eux seul ont coûté près d’un milliards de $ soit l’ensemble de la facture alimentaire de 1970. Les chiffres nous montrent aussi que depuis 1970 la facture alimentaire s’est multipliée par 10 alors que la population qui s’est multipliée par à peine 3 !!

Aujourd'hui il faut remarquer que les céréales à elles seules représentent le double de la facture alimentaire de 1999 !

Par le biais de ces importations tout azimut, qui ont augmenté les six premiers mois de 2013 de 18% !? Nous n’achetons pas que des produits de premières nécessités représentés par sept produits qui englobent entre 78%-85% de la facture alimentaire, chasse gardée de quelques proches du pouvoir. Elles touchent tous les domaines et même des produits largement disponibles dans le pays. Si dans ces cas l’importation ne répond pas à un besoin, elle révèle par contre l’existence et la puissance d’un lobby du circuit de l’importation alimenté parla rente. Il a exerce sa mainmise sur les transferts de capitaux vers l’étranger. Il en a résulté l’édification de tout un dispositif machiavélique érigé en un véritable mécanisme d’extorsion des richesses du pays.

Aucun discours politique ne pourra affronter le langage acerbe de ces chiffres sans reconnaître (comme dans notre cas), les effets d’un cocktail, d’incompétence, de malhonnêteté…, en action.

La lecture des données nous montre à quel point nous nous sommes faits piégés dans le gouffre de la dépendance alimentaire, mais aussi la curieuse et inquiétante vitesse sans cesse croissante avec laquelle nous y sommes parvenus. Actuellement les produits agricoles représentent plus de 30% du total des importations du pays, avec un soutient financier irréfléchi et démesuré nous assurons à peine 50 % de nos besoins.

En 1962, l’agriculture était le fer de lance de l’économie algérienne, c’est le secteur qui a été le plus pénalisé, il s’est complètement résorbé sans être remplacé. Réanimer le secteur agricole ne se présente pas comme une alternative, mais l’unique façon de retrouver sa souveraineté nationale. Dans une situation de conflits (la crise en Ukraine), l’arme alimentaire par des sanctions imposées aurait un effet dévastateur sur le pays, notre armée ne pourra le repousser. Pour se remettre à apprendre à semer du blé il faut du temps et des efforts illimités. Le domaine agricole comme les autres domaines a subit une érosion du capital humain et une perte d’une bonne partie du savoir faire. L’agriculture appartient à des systèmes biologiques régies par des lois et qui s’insère dans une continuité et non pas dans une rupture avec le passé, ce que tous les peuples ont compris, sauf nos technocrates. La production nationale existante est totalement tributaire de ’importation, à commencer par la semence. Dans la même logique de développement nous nous sommes limités au copié collé, confondant distribution de rente et politique de développement.

Toutes intentions de réanimer ce secteur se font dans un semblant de développement, la corruption incontrôlée a fini par s’y incruster au point d’en assurer la dynamique ! Il est fréquent de voir les mêmes animaux, matériel, équipements,… subventionnés facturés et surfacturés parfois 10 fois de suite !!

L’exemple de l’importation de races étrangères pour booster la production a laissé en liberté des animaux dans la nature sans aucun contrôle ne fait que menacer le patrimoine génétique de nos races locales adaptées aux conditions régionales fruits d’une sélection séculaire. Dans une infinité d’exemples tout aussi affligeants les uns que les autres, il serait utile de noter qu’il y a même eu des programmes pour de la production piscicole en zone désertique. Le Tilapia poisson des bords du Nil, importé Égypte, s’est vu projeté sur des territoires à hiver gélif sans tenir compte des conditions du milieu (sur les bords du Nil il ne gèle pas), sans être un spécialiste il est facile d’imaginer les résultats catastrophiques obtenus. Ainsi dans le pays du mouton on se met à faire du poisson en guise de développement.

Le cas du mouton est édifiant; fleuron de nos produits du terroir, il a été victime en 1973 de la troisième phase de la révolution agraire. En voulant augmenter la production les dirigeants avaient décidé d’introduire l’orge en tant qu’aliment énergétique (ce qui explique la présence d’un bout de graisse que l’on appel côtelettes dans nos assiettes). La relation trophique animal- végétal (steppe) dans un équilibre naturel n’a pas été considérée. Quelque temps plus tard (1976) un rapport de la Banque Mondiale faisait remarquer que les responsables subventionnaient la destruction de la steppe à coût de milliards de $. Résultat nos parcours de 20 millions d’hectares ne peuvent nourrir qu’un million de têtes sur une vingtaine de millions. Le reste, quasiment la totalité est à la charge de la rente pétrolière.

Il est utile de remarquer que ce rapport aurait pu extrapoler le cas de la steppe à l’Algérie toute entière.

De toutes façon les échecs récurrents sont exprimés dans la facture alimentaire et par la menace lancinante qu’elle exerce. C’est le produit du travail acharné de technocrates qui bricolent du fond de leurs bureaux des projets à échelle réelle pour un pays dont ils n’ont qu’une vision approximative. Croyant fermement àl ’application de projets importés clés en main comme si l’agriculture pouvait se pratiquer en dehors de la nature, c’est comme s’il n’y avait aucune différence entre In Salah et Blida.

A l’unanimité les observateurs prévoient que la jonction des courbes d’exportation et de consommation va avoir lieu avant 2018, ce sera le point Zéro Exportation, ou la fin du sursis. Chaque jour les recettes pétrolières diminuent, grevées part les effets cumulés d’une consommation galopante (12.5% par an), un volume de production en chute (9% par an), auxquels vient s’ajouter une baisse (15% ces derniers mois) des prix.

Nous sommes le seul pays du Maghreb à ne pas avoir assuré sa sécurité alimentaire depuis on indépendance. Il est difficile d’admettre que toutes les décisions des politiques ont fait intensifier la menace sur la survie de la population par le financement de notre dépendance alimentaire. Même si nous faisons immédiatement un virage à 180°, nous n’aurons jamais le temps de repousser la catastrophe alimentaire d’ici 2018.

A moins d’exercer des mesures restrictives et une politique d'austérité draconienne par un puissant contrat social que seul un gouvernement légitime aura le courage d'appliquer. A défaut l'impasse politico économique dans laquelle nous sommes provoquera l’inévitablement choc d’une déflagration que l’on attend silencieusement les yeux fermés.

D'ailleurs c'est l'unique promesse fiable inscrite sous ce 4em mandat.

Par Sofiane Benadjila.

Ingénieur Agronome, Militant de la LADDH. Bureau de Laghouat

Tel: 00213664129468

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